LES GEMMES DANS L’HISTOIRE DE L’ART DU BIJOU – BIJOUTERIE JOAILLERIE ANCIENNE

Depuis des temps immémoriaux, l’homme est fasciné par les gemmes. Leur couleur, leur transparence, leur rareté prodiguent aux pierres précieuses, aux pierres fines ou ornementales des vertus mystérieuses, divines et presque magiques. Les occidentaux, dépourvus de ces minéraux font rapidement le commerce de ces denrées rares. Les religions parent leurs représentants de pierreries et font de ces gemmes des symboles de spiritualité. Cette sacralisation des pierres précieuses vient aussi du fait que jusqu’au XVème siècle, ces joyaux circulent entre l’Europe et l’Asie sans que les acquéreurs en connaissent l’origine exacte. Elles apparaissent dans les cours royales et les milieux aristocrates comme par magie, rapportées de pays lointains par quelques navires revenus d’expéditions fabuleuses.
Il serait bien difficile de retracer toute l’histoire des gemmes à travers les siècles. C’est pourquoi, j’ai choisi d’aborder quelques grandes périodes artistiques depuis l’antiquité jusqu’à nos jours.

 

Pierre ornementale - Bague en or blanc turquoise et diamants 566 Bracelet de perles des années 1920 116

Les bijoux, les parures et les gemmes dans l’Antiquité

Les civilisations antiques utilisent abondamment les pierres pour parer les vivants comme les défunts. Les pierres sont choisies pour leur couleur et non pour leur valeur marchande. En Egypte, le bleu tient une place très symbolique. Il se rapproche de la couleur du ciel. On prête aux pierres bleues des vertus prophylactiques car elles possèdent la couleur très spirituelle des cieux.
On importe le Lapis-lazuli d’Afghanistan mais on utilise aussi beaucoup de turquoises et de faïences d’un bleu très vif : le bleu égyptien. Le saphir symbolise la justice et la vérité.
Les Perses croient que le monde repose sur un saphir géant qui projette sa couleur étonnante sur tout l’univers.
Pendant longtemps, les grecs confondent le saphir et le lapis-lazuli. Tous deux étant des pierres de couleur bleu vif. Ne sachant pas tailler les gemmes, ils ne peuvent en exalter la transparence et celles-ci, pourtant de bonne qualité paraissent souvent opaques sur les bijoux. Les Romains utilisent les saphirs pour graver des motifs dans la pierre. Cette technique s’appelle l’intaille et elle est utilisée pour fabriquer des sceaux.

Broche ancienne en or pierres précieuses et perles 38 Collier tubogaz en or rubis et diamants 81

L’orfèvrerie et la joaillerie au Moyen Age

Ce n’est qu’à partir du Moyen Age que se développe un réel art de la joaillerie et un travail recherché de la taille des pierres précieuses. Ce sont les commandes religieuses et royales qui poussent les artisans à élaborer de nouvelles techniques pour obtenir un résultat plus raffiné. Toutefois, à cette époque, les expéditions vers l’Asie sont encore bien rares et le commerce de pierres encore peu exploité. Les artisans substituent aux joyaux un fabuleux travail d’émaillage pour obtenir un résultat coloré sur leurs bijoux.
A la fin du XIIème siècle, Marco Polo part pour de formidables épopées vers les Indes. Il rapporte de ses voyages des saphirs venus principalement des mines de Ceylan.
Il raconte dans son récit de voyage « devisement du monde » qu’une fois avoir pris quantités de pierres sur l’île de Ceylan, il continue son voyage vers le Nord et arrive sur le territoire du grand Khan, empereur Mongol. Celui-ci se montre si friand de ces petites pierres bleues qu’il le nomme ambassadeur itinérant et lui paie ses pierres le double de leur valeur. Par la suite, Marco Polo garde toujours de ces pierres sur lui pour voyager sur le territoire car elles lui servent de cartes de visite et de laisser passer pour entrer à la cour du grand Khan.

Dès l’époque carolingienne, les relations établies avec Byzance permettent l’importation d’un nombre considérable de bijoux de grand prix en Occident. Durant cette période, en dehors des couronnes, colliers et bagues, les bijoux sont des éléments de parure utilisés pour la fixation des vêtements (agrafes, fermaux, ornements de ceinture...).
Jusqu’au milieu du 13ème siècle, les pierres sont taillées en cabochon puis, peu à peu, en table dans certains cas, ce qui accroît leur valeur.

La période Renaissance

Pendant la Renaissance, les ouvrages de joaillerie sont de plus en plus raffinés notamment grâce aux commandes des familles de banquiers telles que les Médicis ou les Strozzi à Florence. Les coffres de ces derniers accumulent des pièces de joaillerie exceptionnelles par leur matière, leur forme et la qualité de leur travail.
Ce qui pousse les artisans à aller toujours plus loin dans leurs recherches techniques et créatives, c’est tout d’abord la multiplication des commandes particulières. Les gens aisés cherchent à s’entourer de trésor. Il y a une réelle augmentation du confort chez les nobles qui s’intéressent désormais à des richesses plus accessoires telles que la joaillerie. Le progrès s’étend à des découvertes scientifiques majeures à cette époque. La caravelle permet d’entreprendre de longs voyages et de circuler de plus en plus librement en Asie. Dans les cours royales, apparaissent de nouveaux décors, de nouvelles couleurs, des saveurs inattendues. Les bourgeois raffolent de l’art et des matériaux asiatiques.

JEAN BAPTISTE TAVERNIER

Jean-Baptiste Tavernier est un acteur important dans l’importation des gemmes vers l’Europe. Fils d’un marchand de cartes géographiques, il naît à Paris en 1605 et entreprend d’incroyables voyages en Orient qui font de lui un riche commerçant en pierres précieuses.

Il rapporte de ces expéditions quantités de gemmes exceptionnelles. Les plus belles sont vendues à Louis XIV qui le nomme négociant officiel de la Cour de France à une époque où l’Orient, si lointain et peu connu paraît inaccessible et presque dangereux.
Tavernier peut visiter les légendaires mines de diamants et de pierres précieuses d’Inde et de Perse. Il en fait des descriptions détaillées et nous rapporte des détails sur le fonctionnement de ces mines. Notamment sur l’attitude sanglante des sultans à qui appartiennent ces précieux territoires. Car avant d’être adorés en Europe, ces joyaux attisent déjà bien des convoitises en Orient. Les mines de Golconde, au Sud de l’Inde abritent la demeure des Maharajas qui y règnent en maîtres, se réservant les plus beaux joyaux et organisant l’activité minière de façon à ne pas exploiter trop de domaines en même temps pour ne pas attirer vols et jalousie de la part des royaumes voisins.
Il rapporte aussi, bien des anecdotes et des rapports utiles aux historiens, sur les places et les palais détruits avant l’arrivée massive des européens en Asie. On sait grâce à lui que ce n’est que par hasard que ces mines sont découvertes. Voici un extrait d’un de ses livres de voyage en Inde : «Un pauvre homme qui, bêchant un bout de terre où il voulait semer du millet, trouva une pointe naïve pesant à peu près 25 carats. Le bruit se répandit bientôt dans tout le pays et quelques uns du bourg commencèrent à faire fouiller dans la terre… ». Cette découverte est l’élément déclencheur d’énormes chantiers qui se révèlent très fructueux.
Bien sûr ces mines sont des zones très dangereuses, à la fois pour les vols et les crimes dus aux convoitises mais aussi car les terrains et les sous-sols sont exploités de manière très précaire. On creuse des clairières, des puits, des galeries et des cavités toujours plus profondes pour ne rien laisser de ce fabuleux trésor.
Tavernier, astucieux polyglotte capable de s’adapter habilement à toute nouvelle culture n’a aucun mal à échanger contre ces merveilleux joyaux de simples et petits bijoux européens sans grande valeur mais dont les indiens raffolent.
C’est lui qui vend à Louis XIV ce saphir qu’il avait baptisé le Bleu Tavernier et qui est ensuite rebaptisé le grand diamant bleu par la cour de France. Le roi Soleil aime les joyaux et c’est « pour la gloire de la France » qu’il les accumule.

Bijouterie joaillerie au XVIIIème siècle

Avec la prospérité qui s’installe en Europe au Siècle des Lumières, la vogue des bijoux se répand au-delà du cercle restreint des nobles et des richissimes dignitaires.
À l’époque rocaille, les pierres fines sont largement employées, dans des compositions multicolores. La mode est aux formes de paniers de fleur. Selon les goûts, ils sont plus ou moins sobres et colorés avec des pierres de couleurs.

Le marché du bijou s’ouvre à une clientèle moins fortunée, grâce à l’invention du strass. L’iconographie du bijou est dominée par la flore : bouquets de fleurs en pierres multicolores et émail inspirés de l’art islamique, tels que les européens les avaient découverts sur les  étoffes provenant d’Orient. Le nœud de ruban, largement représenté sur les différents portraits de la Marquise de Sévigné pendant la seconde moitié du XVIIe siècle, constitue un thème récurrent de la joaillerie et se décline en une multitude de formes.

Bijoux et joyaux au XIXème siècle

La société européenne du XIXème siècle est perturbée par des découvertes archéologiques majeures. En effet, des explorateurs reviennent de leurs expéditions les coffres pleins de bijoux et d’objets d’Art antiques. On redécouvre l’art romain et égyptien et on le remet au goût du jour. Ce style devient très présent dans les créations de bijoux. On appelle cette période l’historicisme.
À travers ces découvertes des œuvres du passé national ou de civilisations lointaines, les artisans retrouvent des techniques oubliées. La diversité des formes est plus remarquable encore que celle des techniques et des matériaux employés. De même que les peintres et les écrivains, les créateurs de bijoux redécouvrent vers 1825 le Moyen Âge et la Renaissance, et s’en inspirent pour donner naissance à des bijoux composites.

Après la Révolution, la prospérité et l’enrichissement de certaines classes de la société entraînent une augmentation sensible de l’offre et de la demande pour les produits de luxe. La découverte des mines de diamants du Cap, en Afrique du Sud, apporte sur le marché une importante quantité de diamants. La joaillerie n’est plus l’exclusivité des consommateurs les plus riches et son rôle prend un autre sens.
Le saphir est aussi présent à cette période dans la joaillerie. Il est notamment utilisé pour imiter les intailles sur pierre des bijoux romains.

Le bijou Art Nouveau

La courte période de l’art nouveau s’étend de 1895 à 1910. Une des figures phare de ce mouvement artistique est René Lalique, joaillier célèbre pour ses bijoux aux mouvements féminins et délicats. Ses parures sont abondamment inspirées de la nature et de l’art japonais. Les motifs végétaux, les décors animaliers et surtout l’image du corps féminin dominent dans la création joaillière.

Le saphir est largement utilisé à cette période par les joailliers créateurs. Les couleurs à la mode dans la bijouterie joaillerie sont pâles et timides.
On aime la transparence, la délicatesse. Le saphir répond très bien à ses critères, il se fait discret, léger.

Le bijou Art déco

Au début du XXème siècle, apparaît « l’Art Déco ». Ce sont de nouvelles formes qui s’imposent et choquent les regards encore si peu habitués à ces formes brutes et géométriques. L’art Déco privilégie les couleurs franches comme le rouge agressif du corail ou le bleu intense du lapis-lazuli dans la joaillerie. On renonce à la recherche du subtil et de la délicatesse. Le saphir perd la place prépondérante qu’il tenait quelques décennies auparavant pendant la période Art Nouveau. Cependant, on trouve quand même des pièces de joaillerie Art Déco serties de saphirs. En témoignent ces deux bijoux, typiques de cette période mais trop fins et pas assez géométrique et puissants pour en être représentatifs.

Broche art déco 34

L'art du bijou à la fin du XXème siècle

La Seconde moitié du XXème siècle connaîtra d’abord une légère baisse dans l’utilisation des pierres précieuses en joaillerie auxquelles on préfère des matériaux plus communs. Les créateurs de bijoux contemporains affirment ne pas avoir besoin de matières nobles pour exercer leur art et ils délaissent les gemmes.
Cependant, celle-ci ne tardent pas à réapparaître dans la mode et elles n’ont cessé d’être appréciées jusqu’aujourd’hui. C’est au XXème que les experts ont choisi de désigner « pierres précieuses » le diamant, le saphir, l’émeraude et le rubis.

Les gemmes continuent d’émerveiller les hommes par leur symbolique autant que par leur valeur.


Nous avons pu nous étonner au cours de cet exposé de la fascination qu’ont porté aux pierres et aux gemmes toutes les civilisations depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours. Elles apportent du rêve, une sensation d’éternité et un rapport si proche à la nature qu’elles donnent presque du pouvoir à ceux qui les portent.
Nous avons vu aussi, qu’au-delà de cette dimension symbolique, les gemmes restent un outil de pouvoir dans certaines civilisations et qu’elles demeurent étroitement liées au commerce et à l’argent.
Les plus belles pierres ont probablement déjà été trouvées mais on continue à creuser la terre pour en trouver de toujours plus belles, toujours plus grosses.

L’homme est sans cesse à la recherche du beau, du subtil et les pierres répondent bien à cette demande et à ces critères de presque perfection. Grâce à leur profondeur et à la sensation d’infini qu’elles procurent quand on plonge les yeux en elles.

Philomène THEBAULT

Bijouterie Catherine-Philomène M.

01 44 75 58 00

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